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Au-delà de la procédure juridique, un Plan de Sauvegarde de l’Emploi (PSE) est avant tout une épreuve humaine, souvent vécue comme un bouleversement par les salariés concernés. Entre incertitude professionnelle, stress financier et impact familial, les conséquences d’un PSE dépassent largement le cadre de l’entreprise.

Pour les RH et les directions, un PSE représente aussi un casse-tête organisationnel : comment concilier obligations légales, équité entre les salariés, et préservation du climat social ? Le défi est de taille et dans ce contexte parfois sous haute tension, un allié de taille reste trop souvent méconnu. Le service social du travail peut soutenir les entreprises et leurs équipes dans ce tournant délicat. Son intervention globale permet de sécuriser les transitions, prévenir les difficultés sociales qui pourraient s’aggraver et décharger les RH des dimensions humaines et sociales, souvent chronophages et complexes. 

Dans cet article, nous donnons la parole à Claire Delamare, Julie Escalas et Elodie Gimbert, assistantes sociales du travail chez Service Social Conseil, pour partager leurs retours de terrain. À travers leurs témoignages et des chiffres clés, nous explorons comment le service social du travail intervient concrètement pour humaniser les PSE et en limiter les risques pour l’entreprise comme pour les salariés. 

Les PSE : une réalité sociale et économique alarmante

Un coût pour la société

Les Plans de Sauvegarde de l’Emploi ne sont pas des cas isolés : ils touchent chaque année des milliers de salariés et représentent un coût humain et économique considérable pour les entreprises. En 2026, la DARES indique 1 200 PSE sont déclarés, impactant près de 150 000 salariés. Derrière ces chiffres, ce sont des vies professionnelles et personnelles qui basculent, avec des conséquences souvent durables sur la santé mentale et la stabilité financière.

Pourtant, seulement 45 % des salariés bénéficient d’un reclassement interne. Cela signifie que plus de la moitié doivent affronter une recherche d’emploi externe, souvent dans un contexte de stress et d’incertitude.

Un coût interne à la structure

Pour les RH et les directions, un PSE est aussi un défi managérial et social :

  • Risque de démobilisation des équipes restantes,
  • Augmentation de l’absentéisme ou des arrêts maladie liés au stress,
  • Difficultés à gérer les tensions sociales et à maintenir un climat de travail serein,
  • Complexité administrative pour s’assurer que chaque salarié concerné accède à ses droits et soit accompagné de manière équitable.

Qui sollicite le service social du travail et à quel moment ? 

Dans le cadre d’un PSE, l’assistante sociale du travail est avant tout un soutien pour les salariés, mais son intervention peut aussi être sollicitée par d’autres acteurs de l’entreprise. Que ce soit les RH, le médecin du travail, les directions ou encore les infirmiers d’entreprise, tous peuvent faire appel à elle pour sécuriser les parcours et anticiper les fragilités.

L’idéal pour la mise en place d’un accompagnement précoce est d’intervenir dès l’annonce du PSE. Mais l’assistante sociale du travail peut aussi agir pendant la mise en œuvre concrète du PSE, lorsque les salariés sont directement confrontés aux changements : “Une présence en amont permet de mieux anticiper les situations de fragilité et de prévenir les difficultés sociales.” Claire Delamare, assistante sociale du travail, SSC

Les contextes varient selon les entreprises. Par exemple, chez O-I, Julie Escalas, assistante sociale de notre équipe, a été en lien principal avec les RH et la psychologue, tout en assurant l’accompagnement direct des salariés. Chez IBM, où les PSE sont fréquents, les salariés, souvent en fin de carrière, attendent ces dispositifs pour partir.

“Chez IBM, ce sont toujours des PSE avec départ volontaire. J’ai connu un seul PSE avec départ involontaire en 2016 et au final aucun salarié n’a été licencié, juste repositionné. Les salariés concernés par un départ à la retraite sont plutôt autonomes dans leurs démarches mais il arrive que je sois sollicitée et je les oriente ensuite vers une antenne interne s’ils ont besoin d’informations pour les rachats de trimestres par exemple.” Elodie Gimbert, assistante sociale du travail, SSC

Pourquoi une assistante sociale du travail ?

La question est légitime car ce n’est pas le premier acteur auquel les directions pensent quand ce type de procédure se déclenche. Alors, qu’est-ce qui justifie la présence spécifique d’une assistante sociale du travail plutôt qu’un autre professionnel de l’accompagnement ?

Il est important de rappeler que l’assistante sociale du travail ne se substitue pas aux autres professionnels impliqués dans un PSE, comme les RH, les psychologues ou les cabinets de reclassement. Elle vient en complémentarité, avec une approche unique : une vision globale de la situation du salarié, bien au-delà de la seule dimension professionnelle.

“La perte d’un emploi peut avoir des conséquences multiples : financière, familiale, psychologique, administrative… Notre rôle est d’analyser ces différentes dimensions pour accompagner la personne dans la gestion de ces impacts.” Claire Delamare, assistante sociale du travail, SSC

Julie Escalas indique également que le service social du travail peut jouer un rôle de réassurance auprès des salariés en confirmant certaines informations données par l’employeur ou en les vérifiant auprès des interlocuteurs internes. Ce besoin d’éclairages et de reformulation est très courant lors des entretiens sociaux dans le cadre de PSE et cette place intermédiaire permet de désamorcer parfois des erreurs d’interprétations ou malentendus.

Périmètre d’action : écoute, conseil et orientation 

L’intervention du service social du travail dans un PSE se décline en deux axes principaux : un rôle de conseil et de prévention auprès de l’entreprise et un accompagnement individualisé auprès des salariés.

Un conseil précieux pour les directions

Le regard spécifique du service social du travail propose une analyse globale et un appui technique aux dirigeants et RH pour les aider à identifier les difficultés sociales susceptibles d’émerger ou de s’aggraver dans ce contexte de transition.

Claire Delamare raconte son expérience :

Claire Delamare, assistante sociale du travail

« Nous pouvons être amenée à faire remonter la “température” de l’entreprise et de la santé mentale des salariés. Nous apportons notre éclairage avec notre regard et notre analyse s’appuyant sur le contenu de nos entretiens, sans trahir le secret professionnel. Le but est d’alerter l’employeur qui peut ensuite adapter les dispositifs d’accompagnements. »

Claire Delamare

Assistante sociale du travail, membre du CSE et du COPIL QVCT · Service Social Conseil

Un soutien psychosocial auprès des salariés

L’essentiel dans ce contexte délicat est de proposer un cadre d’écoute confidentiel et sécurisant pour les salariés. Cet accompagnement agit en complément des dispositifs de reclassement et de soutien psychologique souvent prévus par les employeurs.

Claire Delamare apporte des précisions : “Nous proposons donc une intervention individualisée qui consiste à les accompagner dans l’analyse de leur situation globale pour les aider à identifier les difficultés susceptibles d’apparaître ou d’aggraver leur situation sociale dans un contexte de transition professionnelle.”

Cet accompagnement inclut notamment l’information sur les droits, l’aide aux démarches administratives, l’orientation vers les partenaires adaptés, et le soutien face aux fragilités repérées.

Des retentissements sur toute la vie quotidienne 

D’après le retour d’expérience de nos équipes, le premier sujet abordé est souvent lié au choc de l’annonce : il est alors nécessaire d’accompagner le salarié concerné qui traverse un processus de deuil dans l’acceptation de la situation.

La seconde thématique très prégnante est la question financière : ici, l’enjeu est d’aider à comprendre les indemnités auxquelles ils pourraient prétendre en cas de perte d’emploi, accompagner à la gestion du budget en cas de baisse de revenus…

Viennent ensuite les questions liées à l’impact sur leur droits en termes de protection sociale (retraite, arrêt maladie, droits CPAM) et de logement dans le cas de mutations (recherche logement, déménagement). 

“Nous accompagnons également toutes les conséquences sur la vie familiale que ce soit au niveau organisationnel mais aussi le soutien aux proches, l’isolement ou les inquiétudes face à l’avenir.” Claire Delamare, assistante sociale du travail, SSC

Une durée et un cadre qui s’adaptent au contexte 

Les assistantes sociales du travail nous expliquent que la durée de l’accompagnement dépend des besoins des salariés, des attentes de l’employeur et du calendrier prévu par le plan. Chaque situation est unique, et les accompagnements n’ont pas la même temporalité selon les personnes.

Elles ont dû souvent prioriser les situations les plus urgentes ou les plus fragiles, tout en restant flexibles et réactives pour répondre aux demandes des salariés, même en dehors des créneaux prévus, comme l’explique Julie Escalas : « Pour ma part, les rendez-vous se faisaient à la demande. Il arrivait que certains me contactent en dehors des créneaux prévus, car ils ne pouvaient pas toujours attendre la prochaine permanence en raison du stress ou de l’angoisse liés à la situation. »

Travail en réseau : une coordination essentielle 

Un PSE mobilise de nombreux acteurs internes et externes. Dans ce contexte, le service social du travail joue un rôle clé pour coordonner les interventions et garantir un accompagnement cohérent.

Le secret professionnel : un indispensable pour sécuriser les échanges 

Le secret professionnel est un principe fondamental dans le métier d’assistante de service social. Il garantit la confidentialité des échanges et favorise la confiance nécessaire à l’accompagnement des salariés.

Comment la transmission d’informations s’effectue en entreprise ? Nos équipes ne transmettent pas d’informations nominatives concernant les situations individuelles sans l’accord explicite des personnes concernées. En revanche, on peut partager avec l’entreprise des éléments anonymisés et globaux permettant de mieux comprendre certaines problématiques sociales rencontrées par les salariés et d’adapter, si besoin, les dispositifs d’accompagnement.

Un travail d’équipe pour un avenir à reconstruire

Concernant la pluridisciplinarité nécessaire dans ce type de contexte, Claire Delamare précise le rôle de chacun : « Au sein de l’entreprise, les interlocuteurs principaux sont généralement les ressources humaines, les managers, les représentants du personnel et le service de santé au travail. Le psychologue du travail peut intervenir pour accompagner les salariés confrontés à un choc émotionnel ou à une perte de repères professionnels. Les cabinets de reclassement sont chargés d’accompagner les salariés dans la construction d’un nouveau projet professionnel, la recherche d’emploi ou l’accès à la formation. D’autres partenaires externes peuvent également être mobilisés selon les situations : France Travail, organismes de formation, organismes de protection sociale ou structures d’aide spécialisées. »

Le but est d’orienter les salariés vers les professionnels adaptés en fonction de leurs besoins. Julie Escalas nous indique : “De mon côté, on a participé à deux réunions collectives sur la retraite avec la CARSAT : impact par rapport à la carrière longue, trimestres etc”. Ces liens avec les partenaires permettent une veille juridique et sociale de qualité, au service de la fiabilité des informations transmises au salarié.

Dans ce contexte d’intervention, le service social du travail apparaît donc comme un lieu d’écoute et d’accompagnement qui permet de faire le lien entre les différentes dimensions de la vie du salarié.

Claire Delamare, assistante sociale du travail

« Je dirai qu’on est souvent repérés comme un tiers de confiance lorsque la relation d’aide est établie. Notre valeur ajoutée se trouve dans la vision globale des situations et dans le repérage des situations complexes et à faire le lien entre les différentes dimensions de la vie du salarié. On peut aider à identifier et à lever des freins qui ne relèvent pas directement du champ professionnel mais qui pourraient compromettre un projet professionnel. On accompagne les salariés pour les aider à prioriser les actions à mettre en œuvre et on leur permet parfois de les aider à prendre du recul pour asseoir leurs décisions. On contribue donc à compléter l’action des autres intervenants en sécurisant les conditions sociales à la réussite des démarches de reclassement. »

Claire Delamare

Assistante sociale du travail, membre du CSE et du COPIL QVCT · Service Social Conseil

Ce que ça change concrètement en entreprise

Par l’expérience de nos équipes et des retours des entreprises accompagnées, nous constatons que notre intervention a un impact direct et tangible sur les salariés reçus.

Claire Delamare nous fait part de son ressenti : “De manière globale, je dirai qu’on soutient les salariés dans la période difficile qu’ils traversent et qu’on les aide à y retrouver un équilibre de vie et psychologique. On permet souvent de désamorcer des situations de fragilité sociale qui pourraient s’aggraver dans un contexte de perte d’emploi : difficultés financières, isolement, problématiques administratives ou accès aux droits.”

Dans un contexte de PSE, cela leur permet souvent de restaurer un sentiment de sécurité et de retrouver une capacité d’action face aux changements et aux multiples démarches à réaliser, y compris en fin de carrière, comme le précise Elodie Gimbert.

Julie Escalas interpelle sur le statut particulier de l’assistante sociale du travail prestataire et le bénéfice d’être une professionnelle neutre et extérieure  : “Cette intervention m’a néanmoins permis d’apporter un soutien aux salariés en tant qu’intervenant externe à l’entreprise. Dans un contexte où la confiance envers l’employeur était rompue, ma position extérieure m’a permis d’endosser un rôle de personne de confiance auprès des collaborateurs.”

Un investissement humain et stratégique 

Intégrer un service social du travail dans le cadre d’un PSE, c’est prendre en compte une dimension souvent moins visible pour les employeurs, à savoir l’impact social et humain du PSE sur les salariés et leurs familles. Notre intervention va au-delà des accompagnements individuels, elle sécurise aussi les parcours et prévient d’éventuelles crises sociales, en complétant l’action des autres acteurs.

C’est aussi un moyen pour l’entreprise de montrer sa responsabilité sociale et de limiter les risques liés à la démobilisation des équipes ou à la dégradation du climat social. En offrant un accompagnement global, personnalisé et confidentiel, le service social du travail contribue à transformer une épreuve en une transition plus sereine et maîtrisée.

Pour en savoir plus sur notre prestation spécifique PSE et découvrir comment nous pouvons vous accompagner, rendez-vous sur notre page dédiée.

FAQ – Le rôle de l’assistante sociale du travail dans le PSE

▼ Qui peut solliciter une Assistante Sociale du Travail (AST) dans le cadre d’un PSE ?
▼ À quel moment l’AST intervient-elle dans un PSE ?
▼ En quoi l’AST se distingue-t-elle des autres professionnels (RH, psychologues, cabinets de reclassement) ?
▼ Quels sont les sujets les plus fréquemment abordés avec les salariés en PSE ?
▼ Comment l’AST travaille-t-elle avec les autres acteurs du PSE (RH, psychologues, France Travail) ?
▼ Le secret professionnel s’applique-t-il dans le cadre d’un PSE ?

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