Action collective service social du travail

Le handicap au travail est un sujet central en entreprise.

Depuis plus de 30 ans, nous observons régulièrement dans les structures privées ou publiques que l’on accompagne qu’il n’est pas chose aisée d’aborder ce sujet délicat et d’agir concrètement auprès des personnes concernées. Dans cet article-ressource, nous vous proposons un tour d’horizon de cette thématique complexe au regard des enjeux RH et du rôle que peut jouer le service social du travail aux côtés des employeurs.

Le handicap au travail : une responsabilité partagée

Avant tout, pour mieux comprendre l’importance de la prise en charge du handicap au travail, nous devons rappeler quelques chiffres-clés : 

  • 80 % des handicaps sont invisibles
  • 1 personne sur 2 sera en situation de handicap au cours de sa vie, de manière temporaire ou durable
  • 85 % des handicaps surviennent au cours de la vie, après 16 ans 
  • 3,3 millions de personnes disposent d’une reconnaissance administrative de handicap à fin 2024, soit 8,1% de la population totale des 15-64 ans

Ces chiffres, tous secteurs confondus, illustrent le fait que le handicap est en majorité acquis en cours de carrière et peut concerner tous les travailleurs. Ils démontrent également que c’est un sujet qu’on ne peut ignorer au vu du nombre de personnes concernées. Cette réalité du quotidien pour de nombreuses équipes impacte l’organisation du travail, cause de l’absentéisme et peut même provoquer de la souffrance au travail.

Cependant, au vu des représentations encore bien ancrées et de la complexité des démarches, le handicap au travail reste sous-déclaré, mal compris et souvent géré dans l’urgence par les entreprises.

Handicap au travail : de quoi parle-t-on vraiment ?

Le handicap, selon l’OMS, est « la restriction temporaire ou définitive d’une personne à vivre et à agir dans son environnement en raison de déficiences physiques, mentales, ou sensorielles ». Cette restriction se traduit la plupart du temps par des difficultés de déplacement, d’expression ou de compréhension chez la personne concernée.

Le mot « handicap » ou les symboles qui l’accompagne évoquent souvent une image réductrice : le fauteuil roulant, la canne, le handicap visible. Pourtant, moins de 5% des handicap moteurs nécessitent un fauteuil roulant et 80 % des handicaps sont invisibles : Troubles psychiques, maladies chroniques, déficiences auditives ou cognitives, cancers en cours de traitement… 

Ce que nos équipes constatent sur le terrain, c’est donc que la réalité du handicap au travail est bien plus large, et bien plus proche de nous que ce que l’on imagine. 

Les typologies de handicap

Répartition des types de handicap parmi les travailleurs reconnus — source : Handinéo

La loi du 11 février 2005 pour l’égalité des droits et des chances reconnaît six grandes familles de handicap.

  1. Le handicap moteur :

Il recouvre toute limitation des capacités de mouvement ou de déplacement : séquelles d’accident, maladies neuromusculaires, troubles musculo-squelettiques invalidants.

  1. Le handicap sensoriel :

Il englobe plus particulièrement les déficiences visuelles et auditives, des plus légères aux plus sévères, y compris les malentendants appareillés, souvent non reconnus.

  1. Le handicap psychique :

Il concerne quant à lui les troubles de la santé mentale : troubles anxieux sévères, dépression chronique, troubles bipolaires, schizophrénie. C’est une réalité que les équipes RH rencontrent de plus en plus souvent : les arrêts de longue durée ont bondi de 58 % en cinq ans, la mauvaise santé mentale en étant la première cause identifiée (AXA Datascope, 2025).

  1. Le handicap mental :

Il désigne les déficiences intellectuelles affectant les capacités d’apprentissage, de compréhension et d’adaptation.

  1. Le handicap cognitif :

Le handicap cognitif regroupe les troubles neuroatypiques (ou troubles du neurodéveloppement) : troubles « dys », troubles de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH), autisme de haut niveau (HPI/TSA). Si ces profils sont aujourd’hui mieux connus et identifiés en entreprise, l’enjeu pour les équipes RH reste de traduire cette reconnaissance en aménagements concrets et adaptés car ces salariés, souvent très compétents dans leur domaine, peuvent se trouver en difficulté sur certaines tâches spécifiques sans que cela soit visible ou formalisé.

  1. Les maladies invalidantes :

Ils constituent une catégorie à part entière : diabète, épilepsie, pathologies cardiaques, cancers, maladies auto-immunes. Ces situations sont fluctuantes, parfois invisibles pendant de longues périodes, et nécessitent des aménagements ponctuels ou durables.

Le cas particulier des handicaps invisibles

C’est sur ce point que les employeurs se trouvent le plus souvent démunis. Un salarié atteint d’un trouble anxieux sévère, d’une maladie de Crohn ou d’un TDAH ne « se voit pas ». Il peut compenser pendant des mois, voire des années, avant que la situation ne se détériore et que l’absentéisme ou la baisse de performance alertent le manager.

Le problème n’est pas seulement la méconnaissance du handicap lui-même : c’est l’absence d’espace pour en parler. 

Beaucoup de salariés concernés redoutent le regard de leurs collègues, la remise en cause de leur légitimité professionnelle, ou simplement de ne pas être crus. C’est précisément là qu’intervient le service social du travail : créer ce premier espace de parole, confidentiel et sans enjeu hiérarchique, qui permet d’enclencher une démarche de reconnaissance et d’accompagnement.

Avec les agents de l’INRAE PACA, nous avons créé l’espace qui manquait : un jeu sur les handicaps invisibles, le témoignage d’une agente concernée, des échanges concrets sur la RQTH. “𝐶𝑒 𝑞𝑢𝑖 𝑛𝑜𝑢𝑠 𝑎 𝑠𝑢𝑟𝑝𝑟𝑖𝑠 𝑝𝑜𝑠𝑖𝑡𝑖𝑣𝑒𝑚𝑒𝑛𝑡, 𝑐𝑒 𝑠𝑜𝑛𝑡 𝑙𝑒𝑠 𝑡𝑒́𝑚𝑜𝑖𝑔𝑛𝑎𝑔𝑒𝑠 𝑠𝑝𝑜𝑛𝑡𝑎𝑛𝑒́𝑠 : 𝑐̧𝑎 𝑎 𝑣𝑟𝑎𝑖𝑚𝑒𝑛𝑡 𝑐𝑟𝑒́𝑒́ 𝑢𝑛𝑒 𝑒́𝑐𝑜𝑢𝑡𝑒 𝑐𝑜𝑙𝑙𝑒𝑐𝑡𝑖𝑣𝑒 𝑠𝑢𝑟 𝑑𝑒𝑠 𝑑𝑖𝑓𝑓𝑖𝑐𝑢𝑙𝑡𝑒́𝑠 𝑞𝑢𝑖 𝑛𝑒 𝑠𝑜𝑛𝑡 𝑝𝑎𝑠 𝑓𝑜𝑟𝑐𝑒́𝑚𝑒𝑛𝑡 𝑣𝑖𝑠𝑖𝑏𝑙𝑒𝑠 𝑑𝑒 𝑡𝑜𝑢𝑠 𝑜𝑢 𝑎𝑏𝑜𝑟𝑑𝑒́𝑒𝑠 𝑑𝑎𝑛𝑠 𝑙𝑎 𝑟𝑜𝑢𝑡𝑖𝑛𝑒 𝑝𝑟𝑜𝑓𝑒𝑠𝑠𝑖𝑜𝑛𝑛𝑒𝑙𝑙𝑒.”
Amandine RIZZO, directrice générale (En savoir plus sur nos actions collectives)

Le rôle du service social du travail

Un partenaire de proximité souvent méconnu des RH

Notre service accompagne depuis plus de 30 ans de nombreux salariés, managers et directions sur cette thématique. Grâce à l’expertise et la spécificité du métier d’assistant de service social, nous pouvons intervenir sur plusieurs niveaux : individuel, managérial et collectif.

L’accompagnement individuel du salarié

  • Accès aux droits, information, orientation :

Les salariés concernés sont reçus et accompagnés, en toute confidentialité, dans l’acceptation de leur situation de handicap et dans les démarches associées grâce à notre écoute active, nos connaissances spécifiques et notre réseau de partenaires spécialisés dans ce domaine.

  • Maintien dans l’emploi :

RQTH, aménagement de poste, aides Agefiph/Fiphfp, invalidité, reconversion, autant de sujets abordés avec l’assistante sociale du travail qui pourra ensuite intervenir auprès de vos services internes pour fluidifier, accompagner et soutenir les démarches réalisées en faveur des Bénéficiaires de l’Obligation d’Emploi des Travailleurs Handicapés (BOETH).

  • Partenariat :

Le partenariat est un élément-clé pour la réussite des démarches. Ancré sur le territoire, nous sollicitons les partenaires adaptés pour conduire le plan d’action déterminé avec la personne accompagnée en lien avec le service de prévention et de santé au travail et l’employeur.

Nos liens avec deux partenaires incontournables : Cap Emploi ou l’Agefiph

L’appui stratégique auprès des équipes RH

Le service social du travail n’est pas seulement un interlocuteur des salariés, c’est aussi un appui concret pour les équipes RH qui portent souvent seules des situations complexes.

Concrètement, nos assistants sociaux du travail interviennent à plusieurs niveaux stratégiques :

  • Faire le lien entre tous les acteurs :

Médecin du travail, référent handicap, manager, Cap Emploi, Agefiph, Fiphfp, France Travail, CPAM… Le service social coordonne, fluidifie et évite les ruptures dans le parcours du salarié.

  • Conseiller sur les aménagements de poste :

Nos assistantes sociales du travail contribuent à la mise en place de la Politique Handicap interne : elles identifient avec le salarié les solutions adaptées, elle mobilisent ou informent sur les aides financières disponibles (Agefiph, FIPHFP), et accompagnent leur mise en œuvre concrète.

  • Soutenir la ligne managériale :

Un manager face à un salarié en situation de handicap a besoin de repères clairs : comment en parler ? Quoi faire ? Quelles limites respecter ? L’assistant social du travail apporte ce cadre.

  • Co-animer des actions collectives de sensibilisation :

Pour lever les tabous, former les équipes et créer une culture d’entreprise réellement inclusive, les actions collectives sont personnalisées à vos besoins de terrain et intégrées dans votre Plan de Prévention Annuel (découvrez notre sensibilisation auprès d’IBM France).

En 30 ans d’expérience, nous constatons que les RH qui s’appuient sur ce partenariat gagnent en efficacité, en sérénité et leurs salariés le ressentent.

Le défi des employeurs : les freins identifiés

Sur le terrain, on entend souvent la même chose : « Dans notre entreprise, ça ne concerne pas grand monde » ou à l’inverse : « On sait que ça existe, mais on ne sait pas comment l’aborder sans mal faire. »

Les freins sont réels et bien connus :

  • La peur d’aborder le sujet : parler de handicap avec un salarié, c’est risquer de blesser, d’être perçu comme intrusif. Beaucoup de managers préfèrent se taire.
  • La confusion des rôles : qui initie la démarche RQTH ? Qui propose l’aménagement ? Qui fait le lien avec le médecin du travail ? L’absence de clarté paralyse.
  • La crainte du coût : aménager un poste est souvent perçu comme complexe et onéreux, alors que les aides de l’Agefiph et du FIPHFP peuvent couvrir une grande partie des dépenses.
  • La gestion dans l’urgence : le handicap n’est traité qu’en cas de crise : inaptitude déclarée, licenciement envisagé, salarié en arrêt long. Jamais en amont.

Pourtant, agir tôt change tout. Le baromètre Santé mentale & QVCT 2026 publié par Qualisocial x Ipsos est sans ambiguïté : 86 % des salariés bénéficiant d’un plan complet de prévention estiment qu’il a amélioré leur santé mentale avec à la clé moins d’absentéisme et moins de turnover. La prévention n’est pas un coût : c’est un investissement mesurable !

Agir à chaque étape, pas seulement en cas de crise

Une politique handicap qui fonctionne, ça prend du temps, étape par étape, et avec les bons interlocuteurs.

Vous savez maintenant que cette démarche s’appuie sur le triptyque de la prévention :

  • Prévenir (prévention primaire) : actions collectives, SEEPH, sensibilisation des managers (notre sensibilisation au sein d’Axens
  • Accompagner (prévention secondaire) : détection précoce, suivi individuel, engagement dans la démarche RQTH pour intervenir dès les premiers signaux (nos missions)
  • Maintenir (prévention tertiaire) : aménagement de poste, préparation à la reprise, mi-temps thérapeutique, reclassement interne (notre guide maintien en emploi)

Vous souhaitez structurer votre politique handicap ? Construisons avec vous un accompagnement sur-mesure, au plus près de vos équipes, que ce soit au niveau social et/ou psychologique. Parlons-en !

Pour aller plus loin

  • Pour les employeurs privés, retrouvez les dispositifs existants et les aides financières sur le site de l’AGEFIPH
  • Pour les employeurs publics, votre site ressource est celui du FIPHFP
  • En savoir plus sur les missions des CAP EMPLOI grâce à notre interview de Laure Duvaut-Robine, cheffe de service au Cap Emploi 34
  • Une websérie créé par la MSA Poitou en collaboration avec l’AGEFIPH pour parler du handicap au travail

Vos questions sur le handicap

▼ Qu’est-ce que la RQTH et comment l’obtenir ?
La Reconnaissance de la Qualité de Travailleur Handicapé (RQTH) est une décision administrative, pas un diagnostic médical, délivrée par la MDPH. Elle reconnaît qu’une personne dont l’état de santé impacte l’activité professionnelle peut bénéficier de droits spécifiques. Elle peut être attribuée pour une durée de 1 à 10 ans renouvelable. La démarche appartient au salarié seul.
▼ Un employeur peut-il refuser un aménagement de poste ?
En principe, non. L’article L.5213-6 du Code du travail impose à l’employeur de prendre des mesures appropriées, sauf s’il démontre une charge disproportionnée. Le non-respect répété des préconisations du médecin du travail peut constituer une discrimination, voire un harcèlement moral.
▼ Quelle est la différence entre handicap invisible et non reconnu ?
Le handicap invisible désigne une situation réelle (maladie chronique, trouble psychique) dont les effets ne se voient pas à l’œil nu. Le handicap non reconnu désigne une situation qui n’a pas encore fait l’objet d’une démarche RQTH auprès de la MDPH. Un salarié peut donc cumuler les deux ou être reconnu pour un handicap invisible.
▼ Quel est le rôle de l’assistant social du travail face au handicap ?
Il travaille à l’interface entre le salarié, l’employeur et les acteurs externes. Il crée un espace de parole confidentiel, accompagne la démarche RQTH, fait le lien avec le médecin du travail pour anticiper les aménagements et sensibilise les équipes pour lever les tabous.
▼ À partir de combien de salariés l’OETH s’applique-t-elle ?
La loi impose aux entreprises de 20 salariés et plus de compter a minima 6% de travailleurs handicapés. À noter : depuis 2020, toutes les entreprises, quelle que soit leur taille, ont l’obligation de déclarer les salariés en situation de handicap, même si l’obligation d’emploi (les 6%) ne concerne que les structures de 20 salariés et plus.

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