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L’Obligation d’Emploi des Travailleurs handicapés (OETH) se résume souvent à un taux à remplir sur un tableur RH. Mais pour agir réellement sur l’insertion professionnelle des personnes en situation de handicap et développer une réelle politique interne d’inclusion, les entreprises doivent aller bien au-delà du simple chiffre.

Il est reconnu qu’1 personne sur 2 sera concernée, de façon temporaire ou durable, au cours de sa vie par une situation de handicap : un salarié qui se remet d’un accident, une maladie chronique qui s’installe, un proche aidant à accompagner. La frontière entre « concerné » et « pas concerné » est plus fine qu’on ne le pense, d’autant que 80 % des handicaps sont invisibles. Autrement dit, l’OETH ne concerne pas une minorité éloignée de votre entreprise : un ou plusieurs de vos collaborateurs peuvent être concernés.

C’est pour cette raison que l’OETH mérite d’être regardée sous deux angles à la fois : l’angle financier bien sûr puisqu’un taux non atteint a des conséquences sur le budget de l’entreprise, mais surtout l’angle humain que l’on oublie souvent et qui pourtant peut améliorer de manière profonde et durable votre organisation. Traiter l’un sans l’autre, c’est donc prendre le risque de mal répondre à l’obligation, ou de rater les bénéfices concrets qu’une vraie démarche peut apporter à l’entreprise.

L’OETH : les bases à connaître 

Qui est concerné par le taux légal de 6% ?

L’obligation d’emploi des travailleurs handicapés (OETH) concerne toute entreprise d’au moins 20 salariés. Elle doit compter, parmi ses effectifs, au moins 6 % de bénéficiaires de l’obligation d’emploi (BOETH).

Qui entre dans cette catégorie ? Le Code du travail (article L.5212-13) précise les personnes concernées, principalement :

  • les personnes titulaires d’une reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé (RQTH) ;
  • les titulaires de l’allocation aux adultes handicapés (AAH) ;
  • les personnes en invalidité, victimes d’un accident du travail avec incapacité, ou titulaires d’une carte mobilité inclusion mention invalidité ;
  • les mutilés de guerre, invalides de guerre et assimilés (victimes civiles de guerre, victimes d’actes de terrorisme, sapeurs-pompiers volontaires blessés en service).

Pourquoi 6% ?

L’idée d’un quota d’emploi pour les personnes en situation de handicap ne date pas d’hier : dès 1919, une loi impose déjà aux entreprises d’employer une proportion de mutilés de guerre revenus du front. C’est la loi du 30 juin 1975, portée par Simone Veil, qui pose ensuite le premier cadre global en faveur des personnes handicapées, en matière d’emploi, de formation et d’intégration sociale.

Le constat de son insuffisance mène, douze ans plus tard, à la loi du 10 juillet 1987 : elle instaure le taux d’emploi obligatoire de 6 % pour les entreprises de 20 salariés et plus, et crée l’Agefiph pour gérer la contribution des entreprises qui ne l’atteignent pas. Ce taux apparaît alors comme un levier pour favoriser l’inclusion professionnelle.

En 2005, la loi pour l’égalité des droits et des chances renforce cette obligation et modifie le mode de calcul du taux d’emploi, avec l’objectif d’inciter réellement au changement.

Que se passe-t-il si vous n’atteignez pas le taux des 6% ?

Chaque année, l’entreprise remplit sa déclaration obligatoire d’emploi des travailleurs handicapés (DOETH), via la déclaration sociale nominative (DSN). 

À l’issue de cette déclaration est indiqué le taux global d’emploi à atteindre. Si le taux des 6% n’est pas atteint, il est donc indiqué le montant de la contribution annuelle.

Cette contribution est : 

  • Collectée par l’Urssaf,
  • Versée à l’Agefiph,
  • Payable en une seule fois,
  • Réduite dans certains cas.

Son montant dépend du nombre de bénéficiaires manquants et de la taille de l’entreprise. Aussi, pour une équité entre les entreprises, la formule de calcul intègre des coefficients qui augmentent la contribution des entreprises en fonction de leur taille. 

Pour en savoir plus, nous vous invitons à utiliser le simulateur officiel de l’Agefiph qui donne une estimation fiable et à jour.

Ce qu’il faut retenir à ce stade, c’est que cette contribution n’est pas une fatalité. De nombreux leviers existent pour la réduire, mais gardez à l’esprit que la réduction de cette somme est la conséquence d’une politique handicap bien menée. En plus de payer moins, vous offrirez un meilleur environnement de travail aux salariés concernés et à vos équipes de manière globale, ce qui vous apportera beaucoup plus à tous les niveaux de votre entreprise.

Au-delà du chiffre : pourquoi l’OETH est avant tout un enjeu humain

Ce que vivent les salariés concernés

Derrière les chiffres, il y a de “vraies” personnes avec leur histoire particulière. Certains ont grandi avec leur handicap et ont appris à composer avec lui depuis longtemps. D’autres le découvrent en cours de carrière : un accident, une maladie qui s’aggrave, un burn-out qui laisse des séquelles durables. Pour ces derniers, la Reconnaissance en Qualité de Travailleur Handicapé (RQTH) n’est pas une évidence : c’est souvent une démarche qu’ils repoussent, par méconnaissance, par peur du regard des collègues, ou simplement parce qu’ils ne se reconnaissent pas dans le mot « handicap ».

Cette hésitation a un coût humain et financier. Un salarié qui n’ose pas parler de ses difficultés risque de s’épuiser sur un poste mal adapté, jusqu’à l’arrêt de travail ou la rupture. 

C’est souvent à ce moment-là que l’accompagnement social intervient pour éviter ce point de bascule, en ouvrant le dialogue avant que la situation ne se dégrade.

Marie Michun, assistante sociale du travail

Nous accompagnons beaucoup de salariés qui appréhendent de parler de leur situation de santé à leur manager ou à leur direction. Notre rôle, c’est justement de leur donner un espace neutre pour en parler plus tôt, en toute confidentialité, et les soutenir dans leurs démarches, qu’elles soient en lien avec l’entreprise ou pour accéder à leurs droits.

Marie Michun

Assistante sociale du travail · Service Social Conseil

Changez de regard sur l’OETH

Traiter l’OETH uniquement sous l’angle “combien ça coûte si on n’atteint pas 6 %” pousse souvent à des réponses rapides et “déjà vues” : quelques achats en fin d’année auprès du secteur adapté pour faire baisser la note, ou le recrutement précipité d’un salarié sur un contrat court, sans aménagement de poste ni suivi réel. Dans les deux cas, la contribution baisse sur le papier, mais rien ne change concrètement pour les salariés déjà en poste et en difficulté. 

Or, un arrêt long ou une désinsertion professionnelle coûte largement plus cher à l’entreprise, humainement et financièrement, que l’accompagnement qui aurait permis de l’éviter : recrutement et formation d’un remplaçant, perte de compétences, charge supplémentaire sur le reste de l’équipe.

Vous l’aurez compris : l’OETH n’est pas une charge à minimiser, c’est un investissement dans la stabilité des équipes.

Les bénéfices pour l’employeur qui s’engage vraiment

Réduction mécanique de la contribution

C’est l’effet le plus direct : plus l’entreprise emploie ou accompagne réellement des salariés bénéficiaires de l’obligation d’emploi, plus sa contribution Agefiph diminue, jusqu’à disparaître si le taux de 6 % est atteint. Mais contrairement aux réponses automatiques évoquées plus haut, cette réduction est ici la conséquence d’une politique handicap cohérente avec de réelles actions mises en place, la nomination d’un référent et d’indicateurs de suivi.

Plusieurs leviers, cumulables, permettent d’agir sur ce montant :

  • L’emploi direct de bénéficiaires de l’OETH (le plus efficace) ;
  • La sous-traitance auprès du secteur adapté et protégé (ESAT, entreprises adaptées, travailleurs indépendants handicapés) ;
  • Certaines dépenses déductibles liées à l’accessibilité ou au maintien en emploi ;
  • Ou encore un accord agréé par la Dreets prévoyant un programme d’actions pluriannuel.

Mais contrairement aux réponses automatiques évoquées plus haut, cette réduction n’a de sens que si elle découle d’une politique handicap cohérente, avec de réelles actions mises en place, la nomination d’un référent handicap et des indicateurs de suivi.

L’image de marque : l’inclusion incarnée

Une entreprise qui structure une vraie démarche handicap envoie un signal fort, en interne comme en externe. L’inclusion n’est pas une mode, c’est un réel engagement. Cela pèse de plus en plus dans les critères RSE examinés par les clients, les partenaires et les candidats. Alors, il vaut mieux incarner cette démarche, qui ne peut se réaliser qu’avec l’impulsion de la direction et la coordination de toutes les parties prenantes.

Lucie Pradier, assistante sociale

Recruter, c’est une première étape, pas un aboutissement. L’inclusion se joue surtout au quotidien, dans la façon dont toute l’équipe s’organise pour que chacun trouve sa place.

Lucie Pradier

Assistante sociale du travail · Service Social Conseil, lors du salon Handijob à Montpellier aux côtés du CIRAD

Une prévention globale sur votre organisation

Une politique handicap bien menée ne bénéficie pas qu’aux salariés directement concernés. C’est “l’effet d’entraînement” que nos équipes d’assistants sociaux du travail observent régulièrement en entreprise : 

  • Les managers sont mieux formés à repérer les signaux ;
  • Les postes sont pensés de manière systémique et pour l’ensemble du personnel ;
  • Et l’entreprise réduit son absentéisme global en agissant tôt plutôt qu’en réparant les conséquences.

C’est un levier de prévention des risques professionnels au sens large, et non un dispositif ciblé pour certaines personnes aux besoins spécifiques.

En 2021, nous avons rejoint le programme « Activateur de Progrès », afin de mettre en valeur notre engagement pour le handicap au travail et toutes les actions que notre service peut proposer en entreprise. De l’accompagnement individuel à l’intervention collective ou en étant juste force de proposition et en veille à ce sujet, nous pouvons contribuer de multiples façons aux démarches de prévention interne et à la mise en œuvre de la Politique Handicap.

Un bel exemple de diffusion et de sensibilisation que nous recommandons : l’Activ Box ! Un outil gratuit de l’Agefiph qui permet de communiquer en entreprise de manière adaptée que ce soit aux équipes qu’aux managers. Des supports qui permettent une réelle montée en compétences sur des sujets liés au handicap pour briser les idées reçues, lever les appréhensions et créer le dialogue.

Accès aux aides Agefiph

Enfin, s’engager dans l’OETH vous ouvre l’accès à des aides concrètes, financées par l’Agefiph : une aide à l’embauche pour faciliter l’intégration d’un salarié handicapé, un financement pour l’aménagement du poste de travail (matériel adapté, logiciels spécifiques, aménagement des horaires), ou encore un accompagnement au maintien en emploi lorsqu’un salarié déjà en poste voit son état de santé évoluer.

Des dispositifs souvent méconnus, notamment au sein des TPE/PME, alors qu’ils peuvent alléger significativement le coût d’une adaptation de poste ou d’un recrutement. Cap emploi, l’interlocuteur historique pour l’accès à ces aides, accompagne aussi bien l’employeur dans le montage du dossier que le salarié dans ses démarches. Les montants et conditions évoluent régulièrement : mieux vaut se référer directement au catalogue des aides Agefiph pour une estimation à jour plutôt qu’à un chiffre figé dans un article.

Le rôle du service social du travail 

Contribuer à votre politique handicap

Petite précision : le service social du travail n’intervient pas sur la déclaration DOETH ou le calcul de la contribution. Notre action se situe en amont et en aval, pour vous aider à passer d’une logique de conformité à une logique d’action durable.

Concrètement, cela peut prendre la forme d’un diagnostic des postes à risque, d’un appui à la sensibilisation des managers, ou d’un accompagnement dans la structuration des liens avec les acteurs du maintien en emploi (médecine du travail, Cap emploi, Agefiph). L’objectif poursuivi est toujours le même : comprendre que la politique handicap de l’entreprise repose sur une compréhension fine de ses réalités de terrain, et non sur une checklist appliquée une fois par an.

Amandine Rizzo, directrice Service Social Conseil

Service Social Conseil peut également intervenir sur le volet collectif, par des actions de prévention intégrées dans le Plan Annuel de Prévention des Risques Professionnels (PAPRIPACT), comme l’a fait Claire Delamare, assistante sociale de notre équipe, auprès d’AXENS, chez qui nous intervenons depuis plus de 30 ans. Une sensibilisation de tout le personnel a eu lieu sur la prévention des addictions ainsi que sur la santé mentale, ce qui a permis de rappeler le rôle du service médico-social, l’obligation de sécurité de l’employeur, et d’informer les salariés pour qu’ils deviennent aussi proactifs dans leur santé au travail.

Amandine Rizzo

Directrice générale · Service Social Conseil

Accompagner le maintien en emploi du salarié

Côté salarié, l’assistante sociale du travail joue un rôle unique en entreprise : celui d’un tiers de confiance, extérieur à l’organisation et à la ligne hiérarchique, soumis au secret professionnel (Code pénal). Le salarié peut évoquer de nombreux sujets en entretien, que ce soit sur sa vie personnelle que sa vie professionnelle. C’est là que se situe la spécificité du service social du travail et que notre approche globale permet de faire “ces ponts” entre droit commun et droits internes à l’entreprise.

Notre rôle se traduit très concrètement :

  • Informer sur ce qu’implique réellement une RQTH (souvent mal comprise et redoutée) ;
  • Aider au remplissage du dossier et appuyer (quand c’est possible) le traitement de la demande auprès de la MDPH du territoire ;
  • Faire le lien avec le médecin du travail et éventuellement, le conseiller CAP Emploi et/ou l’ergonome pour un aménagement de poste selon les préconisations énoncées ;
  • Ou encore accompagner une reprise après un arrêt long. 

Autant d’étapes qui, sans appui, sont souvent abandonnées par manque de temps ou d’information au risque que la situation se dégrade jusqu’à la rupture et un licenciement pour inaptitude.

D’une obligation légale à l’engagement humain

C’est précisément à cette intersection que se joue la réussite d’une démarche OETH : d’un côté, une obligation légale et un mode de calcul bien identifiés ; de l’autre, des salariés dont les besoins ne rentrent jamais parfaitement dans une case administrative. Le service social du travail fait le pont entre les deux : il traduit l’obligation en actions concrètes, adaptées à chaque situation, et transforme une contrainte réglementaire en un vrai levier de maintien en emploi.

Employeurs, passez à l’action !

L’OETH ne se résume pas à un taux de 6 % et à une ligne de contribution sur un bilan comptable. C’est avant tout la rencontre entre une obligation légale et une réalité humaine : celle de salariés qui, un jour ou l’autre, vivront une situation de handicap, visible ou non. Nous le voyons clairement sur le terrain : les entreprises qui s’en saisissent véritablement en tirent des bénéfices concrets et immédiats que ce soit sur la réduction de la contribution, l’image de marque renforcée, une meilleure cohésion d’équipe et l’accès à des aides précieuses.

Le service social du travail se positionne comme un appui technique et expert : il aide l’entreprise à construire une politique handicap cohérente, accompagne chaque salarié concerné dans son parcours, en toute confidentialité, ainsi que les managers et les équipes de manière collective.

Vous avez tout en main pour transformer cette obligation réglementaire en un véritable levier humain : nous sommes à votre disposition pour échanger sur vos besoins.

FAQ – DOETH

▼ L’OETH concerne-t-elle uniquement les grandes entreprises ?
Non. Elle s’applique à toute entreprise d’au moins 20 salariés, quel que soit son secteur d’activité, dès lors que ce seuil est atteint.
▼ Comment savoir si mon entreprise respecte le taux de 6 % ?
Le calcul précis dépend de votre effectif d’assujettissement et du nombre de bénéficiaires déjà employés. Le simulateur officiel de l’Agefiph permet d’obtenir une estimation fiable et à jour.
▼ Un salarié doit-il informer son employeur de sa RQTH ?
Non, aucune obligation légale ne l’y contraint. C’est une démarche volontaire, et c’est souvent là que l’accompagnement d’un tiers de confiance, comme le service social du travail, fait la différence pour libérer la parole.
▼ Quels sont les avantages concrets à recruter ou accompagner un travailleur handicapé ?
Au-delà de la réduction de la contribution Agefiph, l’entreprise peut bénéficier d’aides financières (aménagement de poste, aide à l’embauche), tout en renforçant sa marque employeur et la cohésion de ses équipes.

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