Usure professionnelle : agir à la source

L’usure professionnelle s’installe progressivement, à tous les niveaux. Les signaux observés au sein de votre équipe prennent différentes formes et s’aggravent avec le temps : absences répétées, baisse d’engagement, départs, surcharge mentale… Et contrairement à ce qu’on croit, elle ne frappe pas seulement en fin de carrière ou dans les métiers physiques.  

Pour éviter la dégradation de la santé de vos équipes et réduire les coûts et l’impact organisationnel liés aux absences, vous avez des moyens concrets d’agir. La prévention exige une démarche structurée et accompagnée de l’intervention d’experts pour solidifier la prise en charge des salariés concernés : comprendre les sources, agir sur les causes, suivre et analyser l’évolution de votre plan d’action. Rassurez-vous : vous n’êtes pas seul(e) !

L’usure professionnelle, un processus silencieux qui s’installe dans la durée 

On l’associe souvent aux métiers du soin, aux ouvriers exposés à des charges lourdes, aux salariés en fin de carrière. Pourtant, l’usure professionnelle touche bien plus largement que ça. Elle peut s’installer dans n’importe quel secteur, à n’importe quelle étape d’un parcours professionnel. Et c’est précisément ce qui la rend difficile à repérer.

Ce que dit l’ANACT

L’Agence nationale pour l’amélioration des conditions de travail (l’ANACT) définit l’usure professionnelle comme un phénomène d’altération de la santé au travail qui se traduit par une accélération du processus de vieillissement. Ce n’est pas un accident, ni un événement isolé. C’est un processus qui s’installe dans le temps, en fonction des parcours professionnels des salariés, des contraintes et des risques auxquels ils sont exposés.

Ces contraintes peuvent être d’ordre : 

  • Physique (port de charges, postures contraignantes, bruit, températures extrêmes) ;
  • Cognitif (charge mentale, interruptions permanentes, objectifs inatteignables) ;
  • Psychique (manque de reconnaissance, conflits de valeurs, isolement, injonctions).

L’usure professionnelle est donc multiformes et touche à la fois le corps et le mental.

Physique, psychologique, social : trois dimensions à ne pas dissocier

Considérer l’usure professionnelle dans sa globalité est un point essentiel à retenir pour éviter la confusion ou un traitement partiel de ce sujet de santé au travail. Un salarié peut ne présenter aucun symptôme physique visible et être pourtant profondément usé par des années d’injonctions contradictoires, de perte de sens ou de manque de soutien hiérarchique. À l’inverse, un poste très physique peut être bien vécu si le collectif est solide, la reconnaissance réelle et les parcours bien construits.

L’usure professionnelle est donc rarement le résultat d’un seul facteur. Elle naît le plus souvent d’une combinaison de contraintes qui s’accumulent sans que personne, ni le salarié ni l’employeur, ne les perçoive clairement au moment où elles s’installent.

Des secteurs plus exposés que d’autres, mais aucun n’est épargné

Certains secteurs concentrent des niveaux d’exposition particulièrement élevés. Le rapport annuel 2024 de l’Assurance Maladie identifie la santé, le social, le commerce et le transport parmi les professions les plus touchées par les maladies professionnelles. Dans le BTP et les transports, c’est l’exposition physique qui domine. Dans l’aide à domicile, l’ANACT en a fait un sujet prioritaire au point de lancer un appel à projets national dédié : absentéisme, attractivité, fidélisation, maintien en emploi sont autant de difficultés qui s’y cumulent. Dans le médico-social, le Baromètre Qualisocial sectoriel 2026 rappelle que 31 % des salariés du secteur déclarent être en mauvaise santé mentale.

Mais il serait réducteur de cantonner l’usure professionnelle à ces secteurs car malheureusement, elle s’étend, s’intensifie, et touche des profils que personne n’anticipait il y a encore dix ans.

Comprendre l’impact de l’usure professionnelle

Les données disponibles donnent une idée de l’ampleur du phénomène.

Côté santé physique, les troubles musculo-squelettiques représentent 90 % des maladies professionnelles en France et ont encore augmenté de 6,7 % entre 2023 et 2024. Ces pathologies sont l’une des expressions les plus visibles de l’usure physique au travail.

Côté santé psychologique, le baromètre Qualisocial x Ipsos 2026 indique que 22 % des travailleurs se déclarent en mauvaise santé mentale, soit près de 6 millions de personnes en France. Si ce chiffre est en légère baisse par rapport aux années précédentes, il masque des réalités très contrastées selon les secteurs : le médico-social reste à un niveau particulièrement préoccupant, avec 31 % des salariés concernés. Et surtout, près d’un salarié sur deux n’a toujours accès à aucune mesure de prévention en santé mentale dans son organisation. Des chiffres qui, rapportés à la taille d’une équipe, prennent une toute autre dimension. 

Enfin, nous assistons à un vieillissement de la population. D’après les projections de l’INSEE, les actifs de plus de 55 ans seront 6 millions en 2030, soit deux fois plus que les 15-24 ans. Ce vieillissement de la population active signifie concrètement que les salariés seront exposés plus longtemps aux contraintes de travail. Et que la prévention de l’usure devient, mécaniquement, un enjeu stratégique pour toute organisation. 

C’est déjà ce que nous confiait Sylvie GARCIA, directrice de Cévèna (de 2015 à 2025), pilote d’une enquête de territoire pour le repérage précoce des risques de décrochage professionnel sur la population des 45/55 ans en partenariat avec le CREAPT, l’INRS, le CIBC Gard-Lozère-Hérault et Service Social Conseil :

Sylvie Garcia, directrice CEVENA

« (…) au-delà des problématiques liées au travail, il faut tenir compte aussi des spécificités du territoire que ce soit les secteurs d’activité les plus représentés, les populations présentes, leur environnement de vie, l’âge etc. Les premiers résultats obtenus montrent bien l’importance d’agir au plus tôt dans les parcours professionnels. »

Sylvie Garcia

Directrice de 2015 à 2025 · Cévéna

Ces chiffres ne sont pas là pour alarmer. Ils sont là pour rappeler que l’usure professionnelle n’est pas un phénomène marginal et que dans vos équipes, il y a de grandes chances qu’elle soit déjà présente, à des degrés divers, sans que les signaux aient encore été identifiés comme tels.

Les conséquences concrètes pour votre organisation

L’usure professionnelle ne reste pas cantonnée à la santé du salarié et ses conséquences “visibles”. Elle se répercute sur d’autres domaines y compris sur l’organisation collective, souvent de façon progressive et silencieuse :

  • Absentéisme et présentéisme : arrêts courts répétés, désengagement progressif, baisse de concentration. En savoir plus sur l’absentéisme.
  • Turn-over et perte de compétences : certains partent en emportant savoir-faire et mémoire collective, d’autres restent mais sont en mal-être…
  • Désinsertion professionnelle : quand l’usure n’est pas prise en charge à temps, elle peut mener à l’inaptitude ou au licenciement subi.
  • Départ prématuré : 37 % des salariés estiment que leur travail n’est pas tenable jusqu’à l’âge de la retraite (Dares)… ce n’est pas une minorité !
  • Qualité dégradée et collectif fragilisé : la charge de travail se rééquilibre sur les autres membres de l’équipe, créant un effet domino difficile à enrayer.

Ces conséquences ont un point commun : elles arrivent rarement d’un coup. Et c’est précisément pour ça qu’agir en amont est fondamental !

Pourquoi agir en prévention plutôt qu’en réparation

L’erreur classique : attendre la crise

Face à l’usure professionnelle, le réflexe le plus courant est d’agir quand le problème devient visible. Un arrêt long, une démission surprise, un conflit qui éclate. Vous cherchez alors des solutions rapides : un aménagement de poste, une prime, un entretien de retour. Ces réponses sont utiles, mais elles interviennent trop tard.

Car à ce stade, l’usure a déjà produit ses effets sur la personne, sur l’équipe et sur l’organisation. Et le coût humain autant que financier est bien plus élevé que celui d’une démarche préventive mise en place en amont.

Ce que dit le cadre légal

La prévention de l’usure professionnelle n’est pas seulement une bonne pratique managériale. C’est aussi une obligation. Depuis la loi Santé au travail de 2021, les employeurs ont renforcé leurs responsabilités en matière de prévention de la désinsertion professionnelle. Le Document Unique d’Évaluation des Risques Professionnels (DUERP) doit intégrer l’ensemble des risques y compris psychosociaux et être mis à jour régulièrement. La négociation sur la qualité de vie et les conditions de travail (QVCT) est obligatoire dans les entreprises couvertes par un accord.

Autrement dit : ne pas agir, c’est aussi prendre un risque juridique.

Les bénéfices concrets d’une démarche préventive

Agir en amont, c’est d’abord éviter des situations douloureuses. Mais c’est aussi, concrètement, préserver ce qui fait la force d’une organisation : ses compétences, sa cohésion, sa pérennité.

Et le chiffre rappelé plus haut mérite d’être relu ici sous un autre angle : si 37 % des salariés estiment que leur travail n’est pas tenable jusqu’à la retraite, cela signifie aussi que pour une large majorité, des conditions de travail bien pensées permettent de tenir. La marge d’action existe. Elle est réelle. C’est là que se joue votre rôle en tant qu’employeur.

Le service social du travail, un acteur de prévention à mobiliser

Le service social du travail est souvent perçu comme un recours en situation de crise : un salarié en difficulté financière, un arrêt prolongé, une situation qui déborde. Cela fait partie effectivement de nos champs d’intervention ! Cependant, la spécificité de l’intervention en entreprise étend notre expertise sur tous les sujets en lien avec le travail, notamment l’usure professionnelle.

Notre atout est notre position singulière, intervenant à l’intersection du travail, de la santé et du social, dans un espace d’écoute encadré par le secret professionnel, lieu qui n’existe nulle part ailleurs dans l’entreprise. Nous agissons ainsi à tous les niveaux de prévention.

Prévention primaire : détecter avant que ça bascule

À ce stade où l’usure n’est pas encore toujours visible, nos assistants sociaux du travail reçoivent les salariés en entretien individuel et confidentiel. C’est souvent le premier espace où une personne va mettre des mots sur ce qu’elle vit. Ces signaux, remontés avec discernement et dans le respect du secret professionnel, permet à votre organisation d’adapter ses réponses avant que la situation ne se dégrade.

À noter : nous faisons partie du Groupe Qualisocial qui propose des audits, baromètres et/ou diagnostics RPS/QVCT en lien avec des psychologues du travail. Ces études vous donnent les les moyens, en complément des remontées du service social du travail, d’identifier les priorités et les actions à mettre en place. En savoir plus.

Prévention secondaire : agir quand les premiers signes sont là

Démotivation, perte de sens, douleurs physiques qui s’accumulent : quand un salarié commence à décrocher, nous pouvons l’informer et l’orienter vers les bons dispositifs. Mélany Antérieu, assistante sociale de Service Social Conseil, rappelle ces 5 actions du service social du travail dans ce cadre : aménagement du poste de travail ; accompagnement de la fin de carrière ; orientation vers des spécialistes (psychologues ou autres) ; recherche de formation ou d’emploi ; information sur les dispositifs de transition professionnelle.

Nous intervenons également de manière plus globale en proposant des actions collectives à vos services et collaborateurs. Le format de ces actions se déclinent selon le besoin repéré :

  • En 2024, nous avons participé, par exemple, à une “tournée” du bus de prévention de l’AIPALS, aménagé pour sensibiliser les dirigeants et salariés directement sur les territoires.
  • Dominique Durand, notre ancienne directrice adjointe, avait co-construit un webinaire sur l’usure professionnelle à l’occasion de la Journée nationale des Rencontres Santé-Travail.
  • Plus récemment, Claire Delamare est intervenue au côté du coordinateur PDUP lors des ateliers employeurs organisés par Cévèna, service de santé au travail Gard-Lozère.

Prévention tertiaire : éviter la désinsertion quand la situation est critique

Quand un salarié est confronté à une maladie chronique, à un risque d’inaptitude ou à des absences prolongées, le service social du travail devient un acteur central du maintien en emploi. Constitution du dossier RQTH, orientation vers un service d’aide au maintien en emploi, recherche de solutions de reclassement, mobilisation d’aides financières : autant d’actions concrètes qui peuvent permettre une reprise dans des conditions adaptées, là où d’autres auraient conclu à une séparation inévitable.

Fort de nos plus de 30 ans d’expertise en prévention de la désinsertion professionnelle, nous avons publié un guide pour préparer les reprises de travail des salariés / agents concernés. Ce guide donne plusieurs indications aux employeurs et managers, notamment le maintien du lien et différents entretiens où l’usure professionnelle est abordée afin d’éviter les récidives et adapter le suivi interne.

Un maillon essentiel du travail pluridisciplinaire

Le travail partenarial est central dans notre méthodologie d’action. Dans ce contexte, le service social du travail prend une place de coordination : médecin du travail, ergonome, psychologue, employeur et bien sûr, personne concernée. C’est cette approche pluridisciplinaire qui permet d’élaborer des solutions vraiment adaptées à chaque situation, plutôt que des réponses standardisées.

Comme le soulignait le Dr Françoise Saab, interne en médecine du travail, lors des Rencontres Nationales Pédagogiques 2024 à Montpellier, « le service social du travail a une place cruciale dans l’équipe pluridisciplinaire, et d’autant plus à l’avenir avec les enjeux de rallongement de la vie professionnelle et de vieillissement actif ». En savoir plus sur ce lien indispensable entre médecine du travail et service social du travail.

Le plan d’action : par où commencer concrètement ?

Retenez que les premières actions les plus utiles sont souvent simples, accessibles, et peuvent s’enclencher rapidement.

Explorez et analysez vos données RH 

Taux d’absentéisme, fréquence des arrêts courts, rotations sur certains postes, verbatim des entretiens annuels : ces données existent dans la plupart des organisations. Elles méritent d’être lues autrement, non pas comme des indicateurs de performance, mais comme des signaux de terrain. C’est souvent là que l’usure professionnelle laisse ses premières traces.

Associer les bons acteurs dès le départ

La prévention de l’usure ne se pilote pas seul. Elle se construit avec le médecin du travail, le CSE, les managers de proximité, le service social du travail et les préventeurs. Le kit d’animation du PRST Occitanie offre d’ailleurs un appui concret pour intégrer ce sujet dans le dialogue social de votre structure.

Donner accès à un service social du travail

C’est souvent le levier le plus sous-utilisé. Nous le constatons chez plusieurs de nos entreprises accompagnées : un service social du travail disponible et visible dans votre organisation crée les conditions d’une détection précoce. 

  • Vos salariés ont besoin d’un espace pour parler avant que ça déborde.
  • Vos managers ont besoin d’échanger pour prendre du recul et adapter leur posture.
  • Vous avez besoin d’un tiers de confiance et expert dans votre politique sociale.

C’est précisément ce que l’assistant social du travail rend possible.

Former les managers aux signaux faibles

Il ne faut pas oublier les encadrants de proximité qui sont en première ligne auprès des équipes. Ils perçoivent les changements de comportement, les micro-absences, l’isolement d’un collaborateur. Encore faut-il qu’ils sachent quoi en faire, et vers qui orienter. Une sensibilisation courte, concrète, peut faire une vraie différence.

Inscrire la démarche dans la durée

Vous l’aurez compris, une action ponctuelle ne suffit pas. L’usure professionnelle se prévient sur le temps long, avec des indicateurs de suivi et des ajustements réguliers. C’est à cette seule condition que la démarche produit de vrais effets, sur la santé des salariés comme sur la performance de l’organisation.

Et maintenant ? 

Agir en amont et protéger vos équipes, c’est aussi préserver ce qui fait la solidité d’une organisation sur le long terme : ses compétences, sa cohésion, sa capacité à tenir dans la durée.

Depuis plus de 30 ans, Service Social Conseil accompagne des entreprises de toutes tailles et de tous secteurs sur ces enjeux, au plus près des réalités du terrain. Si vous souhaitez faire le point sur ce qui pourrait être mis en place dans votre structure, nous sommes disponibles pour en parler.

FAQ – Usure professionnelle

    
        ▼ Quelle différence entre usure professionnelle et burn-out ?     
    
        Le burn-out désigne un épuisement aigu, souvent vécu comme une rupture soudaine. L’usure professionnelle est un processus plus lent, qui s’installe dans la durée sous l’effet d’une exposition prolongée à des contraintes de travail. L’un peut être la conséquence de l’autre, mais ils ne se confondent pas.     
    
        ▼ L’usure professionnelle est-elle reconnue comme maladie professionnelle ?     
    
        Elle n’est pas reconnue en tant que telle, mais ses manifestations le sont : les troubles musculo-squelettiques et les affections psychiques liées au travail figurent parmi les maladies professionnelles reconnues par l’Assurance Maladie, et sont en hausse constante.     
    
        ▼ Le service social du travail peut-il intervenir dans toutes les structures ?     
    
        Oui. Qu’il soit internalisé ou externalisé via un prestataire, le service social du travail est accessible à toute organisation, quelle que soit sa taille ou son secteur. Des structures de moins de 20 salariés peuvent y avoir accès dans le cadre d’un SPSTI.     

Pour aller plus loin : 

Cet article vous à plu ? Partagez-le !